Séminaire EHESS 2016-2017

Démocratie de la place publique : les mouvements de Meydan

Jeudi de 17 h à 20 h (salle des artistes, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 17 novembre 2016 au 1er juin 2017. Pas de séance le 1er décembre

Nous assistons à un nouveau type de contestation dans le monde entier. Du monde arabe aux capitales occidentales, de la Turquie au Brésil en passant par l’Ukraine, mais aussi en France, il y a une vague de mouvements de contestation. Malgré leurs différences, ces mouvements révèlent tous un malaise social face aux problématiques relatives à l’environnement, la crise économique et le pluralisme culturel. Le domaine du politique tend à se limiter à l’échelle nationale et s’avère être dans l’incapacité à répondre à ces questions globales. L’espace public échappe plus facilement aux contraintes des frontières et des collectivités nationales notamment à travers les technologies de communication et les réseaux sociaux. Ces mouvements mettent en avant de nouveaux modes d’agir en public et en circulation globale de nouveaux répertoires d’action. Ces contestations dans la place publique font apparaître un nouveau « sujet » politique appartenant à des aires culturelles différentes qu’il convient d’interroger.

Ces mouvements sont caractérisés par les lieux, les espaces qu’ils occupent, notamment la Place Tahrir, Gezi Park, les indignés, Nuit Debout à République, et Maïdan. Ils mobilisent le registre des émotions, comme la dignité et le respect. Ce sont des mouvements qui célèbrent le pluralisme dans le rassemblement sur la place et ne cherchent pas à surmonter les différences par une supra identité idéologique ou collective. L’absence de porte-paroles et de leaders montre également les traits communs de ces mouvements. Il y a un mode d’agir des individus en public que l’on peut distinguer de l’intentionnalité des actions sociales et collectives. C’est le lien avec le personnel, l’intime, la foi qui donne une force d’expression en public. La place publique est l’interface entre le foyer de l’individu et le pouvoir de l’État. Elle permet aux citoyens de manifester leurs différences, de se rendre visibles les uns aux autres comme l’écrit Hannah Arendt.

Une citoyenneté performative est en cours d’élaboration. Dans la place publique se mettent en scène de nouveaux imaginaires démocratiques par le biais de la performance, de l’art et de l’humour. L’art devient une partie intrinsèque d’une nouvelle culture publique contestataire. Comment ces nouveaux citoyens « du monde ? » mettent-ils en avant des modes d’agir personnel et élargissent le champ du politique vers des expressions visuelles et performatives ? Comment repenser le rapport entre le public et le politique ?

https://enseignements-2016.ehess.fr/2016/ue/1102/

 

 

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